4-2 En 2009 : Capoeir’ethik

CAPOEIR’ETHIK ou l’ETHIQUE DANS LA CAPOEIRA

Capoeir’ethik, la 3e édition du Festival Resisdanse est organisée par l’Association de Capoeira Kolors. Le Festival se déroulera du 10 au 13 avril 2009 à Paris, dans le 19ème arrondissement. Il a pour thème principal l’éthique dans la Capoeira.

Depuis ses origines, le Festival, gratuit et ouvert à tous, a pour objectif de mieux faire connaître la Capoeira. Elle n’est pas uniquement un sport. Hier, elle était art de lutte contre l’esclavage. Aujourd’hui, la Capoeira est art de résistance contre les discriminations et elle s’invite dans les problématiques actuelles (devoir de mémoire, éducation, prévention, etc.).

On entend de plus en plus parler de respect des valeurs, du retour à l’éthique, que ce soit dans le domaine écologique (cultures bio, commerce équitable, développement durable), social ou bien économique très tendance aujourd’hui en cette époque de crise…

Qu’en est-il de notre pratique de la Capoeira? Dans le contexte actuel du tout consommable (et donc jetable), notre réponse est de réfléchir et d’échanger, pendant quatre jours, sur les valeurs qui nous unissent et nous rassemblent, non seulement au sein du monde de la Capoeira, mais également avec les autres acteurs associatifs venant d’horizons différents.

Ce Festival va se dérouler pendant 4 jours et s’articuler autour de moments forts : des projections, des conférences par des intervenants du monde associatif, des ateliers autour des cultures afro et afro-descendantes et des animations destinées aux enfants. Ce sont aussi des cours de capoeira par les professeurs de la Fédération Française de Capoeira Senzala de Santos (FFCSS) destinés aux membres mais également un temps dédié aux non initiés et aux jeunes du 19e par le professeur Jocelyn Chaubo et, bien sûr, des rodas ouvertes à tous

Le Festival, c’est aussi quatre jours pour rencontrer des artistes et découvrir leur travail avec l’organisation de stands et d’expositions ; quatre jours pour partager des moments conviviaux autour de repas et de fêtes dans des lieux alternatifs de Paris.

Les lieux:

Maison de la Mixité 70 rue des Rigoles 75020 Paris, Métro Jourdain ou Pyrénées (ligne 11).

Gymnase Mathis 11 rue Mathis 75019 Paris, Métro Crimée (ligne 7)

Tarifs :
Entrée libre pour les débats, projections, initiation, roda, free market, soirée.
Tarif cours de capoeira réservé aux membres de la FFCSS : 10€ par jour, 20€ les deux jours (avec le ticket de pré-inscription Senzala de Santos).

Texte introductif sur le thème de Capoeir’éthik

par Francine Leseney pour Kolors :

LA CAPOEIRA DANS LA LIGNEE DU CODE , DE L’ETHIQUE ET DE LA MORALE
INTRODUCTION
A l’heure de vous dire quelques mots sur l’éthique, je dirais tout d’abord que je le ferai en tant que modeste rapporteur de ce que j’ai pu lire et entendre au cours de ces quelques mois passés au sein de la Kolors, dans ma situation privilégiée d’élève, de personne, de public aussi et en fonction d’un angle de vue qui m’est propre. J’espère le faire de manière à ouvrir très largement cet espace de parole, pour que le sens de ce mot, autant que possible, ne soit pas diminué ou restreint par l’approximation ou l’incertitude.
Puisqu’un discours sur l’éthique se doit d’être éthique, je dirais que l’inspiratrice en est la capoeira, qui nous embarque tous dans la “dynamique éthique” dont parle Paul Ricoeur et qu’il convient de citer mes sources. Chronologiquement, la première est le texte profond de J. Chaubo sur la philosophie de la capoeira, qui est aussi une « philosophie en acte ». « Philosophie » est au demeurant un des presque synonymes du mot « éthique ».

Je me prends à rêver dans le métro de “présentations” :
—————————————–
Partie « jouée »
Nadège : A ma gauche : l’éthique, tout en blanc, “avec son petit bonnet”
Santiago :… quelqu’un se met à hurler : Alors on voyage dans les couloirs du métro? Cinéma! Cinéma! Cinéma!
Moi : Samu social, Samu éthique? Bref. C’est vrai qu’on parle beaucoup d’éthique.
Nadège : A ma droite : la capoeira ;
Wowa : Quelqu’un chante une très belle chanson en faisant de la percussion sur le gobelet en plastique qu’elle utilise pour récolter l’argent qu’on lui donne, ou non.
Moi : On en parle depuis longtemps.
Wowa : Elle remercie et touche mon épaule légèrement en passant, plusieurs fois. Moi : Message subliminal : c’est beau. Ce chant vient du ventre, elle a appris cela. C’est une voix aérienne qui vient du ventre.
——————————————————
Évidemment ni l’éthique ni la capoeira ne sont présentes à mes côtés – sauf peut être à la manière des deux grands pères de Nicolas Guillen, qui l’escortent, le noir et le blanc – . Et ensemble, car leur juxtaposition n’en fait pas un couple, des polarités, mais presqu’un pléonasme.
Lorsque je parle pour la première fois à Claire, titulaire d’un master d’éthique, qui mène des expertises scientifiques collectives dans le domaine agronomique, de notre thématique de cette année, elle me dit que l’association de ces deux mots “capoeira” et “éthique” lui semble relever, pour autant qu’elle sache, du pléonasme ! A cela Petit Pol ajoute bientôt :  « La capoeira n’a pas besoin de gagner une éthique. La capoeira a une éthique. La capoeira est, pour moi et entre autres choses peut-être de moindre importance, un enseignement éthique réalisé par le moyen de situations symboliques.
(…)
si l’éthique est la prescription d’une attitude juste face à la vie sociale, alors, l’attitude capoeira est adaptée à qui ne peut pas ou ne veut pas entrer dans la compétition pour un des pouvoirs centraux de la société : une PARTICIPATION MEFIANTE ».
fermez les guillemets
Quand j’imagine cette incarnation de l’éthique qui m’escorte (à ma gauche), c’est un maître de capoeira qui est là avec derrière lui un lignage de maîtres . Quant à la capoeira, elle est cette part matérielle de la vie évoquée par Mestre Joao Pequeno, qui suppose une part spirituelle.
Mais l’éthique est à la cité, la spiritualité est au ciel, en quelque sorte ! Car l’éthique interroge l’humain sur les principes qui régissent la vie dans la cité. Il y a donc bien une éthique de la capoeira dont se prévalent les capoeiristes qui la pratiquent dans cette cité…, une éthique du comportement qu’exposeront demain en table ronde plusieurs des maîtres et professeurs qui enseignent à Paris. Car nous sommes ici pour réfléchir et échanger sur les valeurs qui nous unissent.

ETHIQUE, EVALUATION

Tout processus d’évaluation passe par un temps de collecte puis de mise à plat des connaissances que l’on a sur un sujet donné. L’éthique requiert cette dimension d’évaluation où s’expriment la liberté individuelle et la préférence.
La qualité du résultat à mettre en commun dépendra bien sûr de la pertinence de la question posée, puis du choix et de la fiabilité des sources
Quelle question nous posons nous aujourd’hui?
Dans cette démarche de restitution, de retour d’expérience que chaque intervenant aura ici, le sujet principal : « la capoeira, comment la pratiquons-nous? »
Sur cette question les experts c’est chacun de nous, car chacun de nous y réfléchira et en parlera ;
De manière à favoriser cette réflexion commune  il y a une sorte de kaléidoscope d’informations collectées au fil de ces dernières semaines, que je veux vous livrer de manière concise.
————-
Si “interroger c’est enseigner” (Xénophon), S’interroger c’est être son propre maître.
S’interroger, philosopher, c’est une “attitude” éthique.

Et d’une, s’interroger sur le mot éthique. Que signifie t’il pour nous, au festival annuel  de l’association Kolors? Pourquoi recourir à ce mot aujourd’hui pour parler de capoeira?

CAPOEIRA, ETHIQUE, POURQUOI (CES DEUX MOTS) ?

(Au départ de notre réflexion, il y a posée la confrontation de ces deux mots : capoeira, éthique  ce qui les fait se rencontrer et dialoguer à la manière d’un “couple” d’un duo et sur un pied d’égalité)

Il faudrait en quelque sorte que tout ce qui sera dit ici sur la capoeira parle d’éthique et que tout ce qui sera dit sur l’éthique parle aussi de capoeira
On devrait ainsi pouvoir se faire une idée de ce qui les lie

Pour écrire sur l’éthique : être soucieux d’éthique.
– (Les mots)  :  Ethique est un mot frustrant. Je voulais qu’on se l’approprie, pour que la base de l’échange soit solide et l’échange fructueux. Qu’il soit vraiment compris, qu’ils nous emmène le plus loin possible dans notre réflexion.
Et donc, je voulais qu’on s’approprie ce mot, en l’ayant suffisamment exploré et interrogé, comme on interroge des racines, en l’ayant scrupuleusement défini. Car en somme, ce n’est qu’un mot, comme Capoeira n’est qu’un mot et c’est un peu comme si des mots blancs recouvraient une réalité noire dans une sorte de “peau noire masques blancs” sémantique.
Il y a aussi de l’incertitude du côté du mot “capoeira”, (capueragem , jogo de mandinga, jogo de Sao Bento, vadiaçao/capoeira de angola) et donc clarifier les concepts compte d’autant plus. Quels sont les mots susceptibles de venir à la rescousse de ce “flou” éthique ?
Chacun de ces termes représente une éthique :
solidarité, partage,
échange, dialogue,
réciprocité,
diversité,
pluralité,
(Quant à la pluralité et au passage, Salman Rushdie raconte : « Nous sommes tous pluriels à un certain degré. (…)Malheureusement les politiques identitaires frappent notre époque comme une malédiction : on demande aux gens de dire une fois pour toutes « je suis musulman », « je suis occidental » (…). Pourtant, « …plus nous nous comprenons comme pluriels, plus il devient facile de trouver des points communs avec les autres. Parfois un détail suffit) (…)

Ne pas oublier que même le commerce peut être qualifié d’éthique (celui de la mode par exemple), tout peut l’être en fait, d’où l’idée d’une « hérétique », politiquement incorrecte, idée contraire à ce qui est communément admis, et réfractaire à la banalisation et à la récupération des valeurs.  De cet autre mot  “Capoeir”, comme si c’était une pièce de puzzle, on en fait deux : « Capoeir’ethik” : un seul mot pour ce festival – on y reviendra).

– Les mots sont importants mais ils ne servent qu’à recouvrir et désigner les choses et parfois à masquer les choses, à falsifier les vérités ils on leur “mandinga”, leurs ruses, leur fausseté
La capoeira recouvre aussi une diversité, qui est féconde d’ailleurs, dans laquelle chacun se définit en fonction de ses convictions, de ses valeurs. Chacun a quelque chose à apporter.
Le moins recommandable est de devoir les utiliser à des fins promotionnelles et commerciales. Car si ce qui pousse les capoeiristes à s’exprimer, c’est la nécessité qu’impose le marché de parler de soi, de se vendre, de faire l’article ;;;
Dans un tel contexte comment s’exprimer par des mots ? Kolors s’exprime plus volontiers par des actes, assez flamboyants pour qu’on les remarque
A côté de ça, chacun produit sa petite philosophie en ligne, sa plaquette, son argumentaire en quelque sorte! La capoeira est amenée aujourd’hui à s’exprimer avec des écrits, alors qu’elle appartient à l’oralité.
« Dans les cultures orales africaines d’où la capoeira est issue, le savoir est secret. Il n’est pas caché, mais protégé » (je cite Mestre Boa Vida sur le SITE Chamada de Angola)
Les capoeristes préfèrent jouer que faire des discours, souligne Petit Pol. Ils ont le sens de la formule, certes, mais chez eux les mots sont surtout fait pour en jouer. On ne compte plus les maximes et répliques percutantes. Art de l’oralité…
————————————————-
Partie « jouée »
Quelqu’un :
Avant de débattre posons et identifions les forces en présence
Car pour celui qui a eu la chance  de faire cette rencontre du corps et de l’esprit, la raconter est naturel ;
Celui là dira :
“La force de la capoeira est telle que rien qu’à la regarder je me suis sentie nettoyée
J’ai regardé le professeur et les élèves et je les ai trouvés bons ;
Autre chose était attendu, mais elle était là, la capoeira.
Ou encore :
“Sur ma route je trouve l’autre pour une conversation qui implique l’écoute : le duo, le dialogue, non plus seulement des mots, mais des corps et des esprits.
————————————————
DEFINITION
Ethique, un mot qui est partout…

En PHILOSOPHIE DE L’ÉDUCATION
Morale et éthique
1)Rien, dans l’étymologie,n’impose de distinguer « éthique » et « morale » :
les deux renvoient à l’idée de réflexion sur les « comportements humains », sur les « moeurs ».

2) L’histoire de la philosophie a cependant progressivement distingué les deux termes :
* le terme de « morale »renvoie à un système de normes qui s’impose aux
membres d’une collectivité ou à un groupe donnés et incarne les valeurs implicites de cette société ou de ce groupe (en ce sens la « morale » est « relative »… cf. Pascal);
* le terme d' »éthique »renvoie à la visée (intention) qui sous-tend l’activité d’un sujet en acte(s).

3) L’éthique peut se définir comme l’interrogation qui place d’emblée un sujet qui agit devant
la question de l’ « AUTRE »
.
J’entre dans le registre de l’éthique quand l’’autre » fait question :
Est-ce que « je le traite comme une fin ou seulement comme un moyen » (Kant) ?
Est-ce que je le reconnais comme un « sujet » avec qui je peux engager une
rencontre ? ou bien est-ce que j’en fais un objet qui eut servir mes intérêts
et contribuer à ma satisfaction ?

5) Mais le « souci de l’autre » peut, en réalité, représenter un danger pour moi-même en tant que sujet éthique :
« Il faut que je me garde un peu pour pouvoir continuer à me donner »
Jankélévitch
L’éthique m’amène donc irrémédiablement à travailler sur le rapport entre
« le souci de l’autre »et « le souci de moi ».

6) Ce travail s’exprime par une question fondatrice : « ce dont je jouis, l’autre en jouit-il aussi? »
Cette question ne peut que rester sans réponse… Mais pour que cette question reste sans
réponse – et puisse donc continuer à se poser et à nourrir mon interrogation éthique – il faut accepter notre ignorance radicale de l’autre…

7) L’éthique suppose donc une acceptation d’une « séparation fondatrice »d’un « dégagement du chaos
originaire » et d’une »affectation à chacun d’une place » (F. Imbert) qui lui permet d’exister en dehors de moi, de mes fantasmes, de mon pouvoir,de mon influence…
C’est cela qui permet de sortir de toutes les formes de fusion et de
confusion régressives. Cette séparation, seule, autorise une alliance future entre des sujets libres.

8) L’éthique est donc, tout à la fois :
* l’expression d’une visée individuelle irréductible,
* et ce qui permet d’instituer l’objectivité de la Loi, comme interdit fondateur d’attenter à l’intégrité de l’autre, interdit de la violence.
C’est dire, son caractère paradoxalement…
* subjectif et objectif,
* éminemment fragile et fondamentalement nécessaire.
Et plus généralement :
– (chez Wikipedia) discipline philosophique pratique (action) et normative (règles) dans un milieu ; elle se donne pour but d’indiquer comment les êtres doivent se comporter et agir entre eux dans un espace
– (chez la toupie.org/Dictionnaire/Ethique) science de la morale et des moeurs, discipline qui réfléchit sur les finalités, sur les valeurs de l’existence, sur les conditions d’une vie heureuse, ou sur des questions de moeurs ou de morale, l’éthique peut également être définie comme une réflexion sur les comportements à adopter pour rendre le monde habitable.

Entre morale et éthique, souvent données comme synonyme, on note à tous le moins une différence de connotation, la morale (ensemble de règles et de lois ayant la prétention de l’universalité) étant connotée péjorativement Père la morale, Mère la pudeur, couple infernal, etc…

Salman Rushdie évoque le sens éthique comme la marque de l’âge adulte de l’homme (dans le numéro spécial de Télérama sur l’action collective et le vivre- ensemble) :
« Pour moi, les dieux appartiennent à l’enfance de l’homme. Ils sont comme nos parents : nous avions besoin d’eux (…) tant que nous n’avions pas développé de sens éthique. Mais nous avons grandi… »
Il parle d’ « instinct moral »
Les humains ont 98% d’ADN en commun, « comment croire qu’il n’existe pas de valeurs universelles, transculturelles » ; « je suis persuadé qu’il existe un instinct moral en chacun de nous et que « certaines questions éthiques dépassent toutes les différences culturelles ».

Ce qui fait de l’éthique un ensemble de règles édictées en conscience en fonction de réponses apportées à des questions qu’on s’est posé en commun.

Selon Paul Ricoeur, l’éthique est une tentative :
Elle a un caractère de projet c’est un questionnement
Paul Ricoeur l’appelle « odyssée de la liberté à travers le monde des œuvres  »
ou encore « un voyage de la croyance aveugle du « je peux » à l’histoire réelle », effective
si l’on se réfère à ce même auteur, au fondement de l’éthique il y a la liberté individuelle puis la reconnaissance de la liberté d’autrui (du “je” au “tu”) puis il y a l’émergence de valeurs qui transcendent les évaluations individuelles
Ces valeurs naissent de l’ universalisation de règles qui ressortent « de la pratique de la vie par l’expérience éthique prise dans toutes ses dimensions »
l’éthique est une aventure philosophique en grande partie celle de la liberté
dans cette aventure cette dynamique c’est parce que l’homme se pose en auteur de ses actes capable d’évaluation qu’il crée des valeurs (qu’on dit morales)
il devient à la fois celui qui commande et celui qui obéit (son propre “maître intérieur”)
au bout de cette aventure est la loi
Ainsi, écrit Paul Ricoeur : « … on peut dire qu’un être à qui la notion de conscience morale serait tout à fait étrangère ne pourrait pas entrer dans une relation politique saine sur un mode d’appartenance participative bref dans une relation de citoyenneté »

DISCUSSION
L’éthique est-elle affaire de règles?
La question des règles se pose en capoeira même si elles sont généralement non écrites . Question à laquelle répondait Petit Pol, en 1994 :
« La capoeira n’a pas de règles? Je crois bien que si, elle en a; mais, et c’est très important, elle n’a pas de règlement, elle n’a pas de règles EXPLICITES.
La différence d’expression du juste par le moyen de symboles et par celui de l’explicitation dans un discours est capital. »

A distinguer : les règles qui régissent la pratique – ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire – et les convictions qui nous poussent à agir : ce qui anime et motive cette pratique, et qui est un espace commun à investir et non plus une prescription à observer à titre individuel (une discipline faite d’observances et d’interdictions)

Quand on a consulté le dictionnaire on n’a pas tant avancé que cela, car l’éthique est un concept complexe et qui n’est pas si facile à cerner
L’éthique est plus que la morale, car l’éthique vise à répondre à la question : “comment agir au mieux” face à une situation nouvelle à laquelle une réponse n’a pas encore été apportée. Par exemple, la question à la base de la capoeira, la question qui s’est posée aux premiers pratiquants est une question éthique ; « Comment survivre » dans « une situation d’injustice désespérée » (je cite Eduardo de Andrade Vega) « C’est ainsi que s’est développée, de manière plus ou moins inconsciente, mais profondément rationnelle, une technique, un art, un jeu, un moyen (ou peut être le seul moyen) d’être et  de vivre ou survivre (dans le contexte de l’esclavage, et du marronage (esquive))

si l’on se réfère à l’emploi de ce mot fait par le collectif du manifeste pour les « produits » de haute nécessité de février dernier, dans l’expression “épuration éthique”, on sent bien qu’en aucun cas il n’aurait pu parler d’”épuration morale” !
(“Le dogme du libéralisme économique préside dans tous les imaginaires à une sorte d’épuration éthique de tout le fait humain… » je cite )
Ici, l’être sans éthique serait vidé de substance.
Est éthique aussi, voire tout simplement logique (deux mots parfois synonymes) le « on bosse ici, on vit ici, on reste ici » des travailleurs sans papiers demandant leur régularisation au printemps dernier dans nos quartiers et d’autres
cette complexité de sens justifie qu’on parle d’éthique en préambule de cette table ronde.

SIGNIFICATION

LE TEMPS

Pourquoi est-il nécessaire, agissant, d’associer ces deux mots, capoeira et éthique,  AUJOURD’HUI
Ces deux mots qui se rencontrent sur le tard, viennent d’univers très différents
A chacun une origine, qui confère le sens premier et à chacun une histoire,
une durée, un espace-temps

Où est née l’éthique (dans l’idée des “présentations” et où est donc née la capoeira ? quand ?
Les “systèmes de vie” ont généralement un long passé derrière eux
Quant à l’éthique oui pas de problème on sait qu’elle nous vient du berceau de la civilisation indo européenne/du berceau des civilisations occidentales, mais la question semble vaine -pourquoi- concernant la capoeira. Et pourtant, elle est née quelque part…
Des questions qui trouveront  leur réponse, peut-être, au cours de notre festival.

L’ESPACE
C’est intéressant de noter que le sens supposé du mot capoeira fait référence à l’espace, un espace, le mato, le bois. Capu era (capûera, un mot amérindien qui signifie « bois renaissant après l’abandon d’une culture » (définition de l ‘index sur le site association Palmares) la référence spatiale est donc très importante
« Les esclaves devaient s’inventer une nature à partir de rien dans les quilombos, et on pense que le mot capoeira vient du Tupi caà-puêra, qui désigne une forêt rasée ou brûlée »  (je cite C. Dumoulié)
«Un espace qui nous prépare, qui nous aide à affronter debout un monde où l’oppression, l’injustice et l’exploitation dominent. Un espace qui nous montre qu’un autrement est possible ». (je cite Kolors). Et si on parlait de territoire éthique, d’une traduction spatiale de l’éthique dans la capoeira?
Cet espace éthique s’il existe est un espace réduit où on se doit d’évoluer
Dans l’économie de l’espace, dans la représentation symbolique de la ronde, dans l’inscription spatiale du jeu, délibérément on est dans un territoire de l’insaisissable dans un mouvement intraçable même s’il est lent
———————————–

Partie jouée
Marie :
– si l’on regarde, on ne voit pas.

———————————–
comme si rien de ce qui s’y passe ne pouvait être récupéré et digéré selon ce à quoi nous sommes habitués : « un piège aux illusions et aux désillusions » (je cite kolors)
L’hérésie, le contraire : sommes-nous en hérésie? Cette utopie? La transgression ou plutôt l’inversion, le “devenir animal”
« Il ne s’agit pas d’imiter (…) c’est bien d ‘un devenir qu’il s’agit (…) il peut s’agir même de devenir la feuille qui tombe d’un arbre, de devenir l’eau qui coule autour du rocher. Et dans tous les cas, il faut oublier, abandonner la rectitude du corps civilisé. » (je cite C. Dumoulié)
– espace de liberté en tout cas, d’échappée
C’est un espace comme hors de l’espace et du temps qu’ouvre la capoeira
On parle plus là de magie que d’éthique mais pas de religion. L’espace sacré ou magique est rempli de représentations “communes”
Cet espace initiatique rend le savoir accessible, espace pédagogique pour un système hautement éducatif
Dans toute spatialisation d’une pratique, il y a ouverture d’un espace que l’on pourrait qualifier de sacré, qui part matériellement de rien et qui ne se résout finalement à rien de visible ou d’”apparent”. C’est en quelque sorte le lieu de la fidélisation aux valeurs, c’est à dire de l’apprentissage, mais c’est aussi le lieu où l’on peut se retrouver soi-même. .. Et c’est tout comme la vie constitue aussi ce lieu.

LA VALEUR DES MOTS

En pensant “valeurs” a t’on pensé à la valeur de ces mots : “Capoeira” “Ethique”? Car les mots aussi ont une valeur, d’ailleurs ils sont échangés, on les passe et on les donne (on donne sa parole). On aspire parfois cette valeur pour en vendre d’autres, celles du FCP Capoeira de la BNP Paribas par exemple! Oui, les mots vivent leur vie et valent leur pesant d’or.
C’est le mot éthique que j’approche d’abord. Je le fais très progressivement, cherchant la voie qui me conduira de l’éthique, une idée blanche, à la capoeira, un diamant noir.
(je cite C. Dumoulié)… :  « La capoeira exprime une vision du monde et de la vie, une éthique et une physique, antagonistes de la culture blanche. Avant d’être un sport ou un art martial, cette lutte dansée est une philosophie en acte et une pensée du corps qui font contrepoint au système de la pensée blanche. »

Quand parle t’on d’éthique ici ou là et quels en sont les synonymes ici ou là? Quand et où l’éthique est elle âme ou supplément d’âme (on entend cela dans les mots hispaniques et lusophones, la valeur sous-jacente est peut-être l’honneur, la dignité. L’anglais courant glisse plus volontiers vers le fonctionnel . Ce mot a une histoire qui n’est pas la même d’un continent à l’autre, et certes, d’une époque à l’autre.
L’histoire a une influence sur le concept d’éthique
Même la vérité change
Il n’y a pas de label d’éthique en dehors du commerce.
L’éthique n’est pas une valeur.
Il n’y a pas d’absolution ni de fin éthique

« L’éthique, c’est l’esthétique du dedans » Pierre Reverdy

Quel que soit le lieu ou l’époque, parler d’éthique c’est parler de conscience et d’éveil. En quelque sorte, je sens que ce chemin de découverte me mène de l’éthique à la conscience, car sans conscience point d’éthique. D’ailleurs dans la capoeira tout parle de ça, de vigilance, d’éveil, de dualité et d’unification. Le balancement de la ginga équilibre les fonctions / pôles cérébrales, unifie, rassemble les forces duelles en présence, harmonise, rééquilibre les polarités et dessine des arabesques, inlassablement, dans « une dynamique du geste, écrit C. Dumoulié, qui se déploie à l’infini, contre une logique de l’acte propre à la fonctionnalité du monde blanc »

Ces deux mots sont comme issus de traditions, de mondes différents, et notre discipline est source d’éthique (terreau de conscience, semence de liberté et de subversion) parce qu’elle promeut des comportements qui sont éthiques à travers une pratique.

C’est la notion de devenir qui unit le mieux capoeira, philosophie et éthique :
« Au moment où le maître, le colonisateur proclament « il n’y a jamais eu de peuple ici », le peuple qui manque est un devenir, il s’invente, dans les bidonvilles et les camps, ou bien dans les ghettos, dans de nouvelles conditions de lutte auxquelles un art nécessairement politique doit contribuer »
(je cite Gilles Deleuze dans L’image-temps)

CONCLUSION
La capoeira est donc porteuse d’éthique, qu’elle a en quelque sorte “encapsulée”, pour employer un mot qui peut faire sourire Comme dit Petit Pol, elle n’a pas besoin de « gagner une éthique » elle « a une éthique ». Dans le discours des maîtres, elle est tout simplement: on est dedans ou on est dehors (à côté) (une capoeira inauthentique n’est plus la capoeira d’après Mestre Corta cabaça “Être dans le vrai? Non, être dans la capoeira”, “on est capoeriste, ou on fait de la capoeira” d’après Mestre père Reny.
Je salue au passage le coeur qui bat la chamade de Mestre Boa Vida chamada de angola qui rapporte ces magnifiques propos de Mestre Pastinha :
A propos de sa célébrité soudaine il a dit : «  la reconnaissance m’est venue tout à coup. Tout à coup, les gens ont eu besoin de moi. On m’a cherché. On m’a demandé. Mais tout ça c’était faux, la seule chose vraie, c’est la capoeira. »

Si la capoeira est porteuse d’éthique, on pourra dire par conséquent sans risque de se tromper qu’elle est porteuse de valeurs, qu’il faudra rattacher à une (ou plusieurs) cultures . puisqu’on parlera de CULTURE, il faudra donc parler d’ORIGINE

Si l’origine conditionne le sens, c’est à dire si l’ignorance des origines prive de sens, donc de sens éthique, réfléchir alors à l’enracinement de la capoeira dans le monde nègre est essentiel

Serait-il possible que ce soit dans l’aspect sacré de cette pratique secrète (en ce sens qu’elle requiert une initiation et qu’elle possède son rituel) que se fonde sa dimension éthique?
En quoi notre pratique peut-elle intégrer cette dimension éthique? Peut-on parler d’“attitude”, d’”approche” éthique? Et qu’est ce que ce serait qu’une approche, un comportement éthique? Est-ce une démarche plus consciente? Plus soucieuse de respect des ressources et plus généralement d’éducation et de transmission? Une écologie humaine?

Comme écrit Nadège dans son texte sur l’éthique : « il faut faire attention à toutes les richesses naturelles et culturelles. C’est triste de constater qu’il a fallu attendre les alertes sur ces dérives, sur l’amenuisement des ressources naturelles, et que la terre et les valeurs humaines fondamentales soient en danger pour commencer à agir. Ces alertes sont le défibrillateur de l’éthique.

Historiquement, dans les échanges économiques et commerciaux, on parle d’équité avant de parler d’éthique et plus largement de durabilité. Développement, agriculture, tout est désormais imprégné de la peur du manque/pénurie et du spectre de la fin. Toute activité humaine est désormais imprégnée du “dur désir de durer” évoqué par Aragon. D’où le succès de la capoeira avec sa santé de fer, parangon de durabilité en quelque sorte, valeur humaine refuge. dans un monde où même l’éphémère est sommé de durer (vacances équitables ethico-ecolo et autres dressings durables), la durabilité éprouvée n’exclut pourtant pas toute remise en cause. Car cette durabilité a un coût que tout le monde n’est pas prêt à payer. En interrogeant la notion d’équité autour d’une pratique enracinée, il s’agira de ne pas arriver les mains vides, si l’on ne veut pas repartir les mains vides. C’est LA leçon.

« La révolution physique de l’au (la roue) (pour ne citer qu’elle) est un geste esthétique, éthique et politique » écrit C. Dumoulié. Renversement qui au delà de l’humour, dévoile des vérités cachées dans une capu-éréthique ! ou du moins profondément irrévérencieuse

Il existe aujourd’hui une forte demande vis à vis de l’éthique dans les conduites sociales et culturelles. En tant qu’art, la capoeira ne peut être, comme la musique, qu’un « révélateur de valeurs et de normes sociales »
(Le Centre d’études éthiques fait un parallèle entre la capoeira angola et le free jazz pour montrer comment deux formes du juste, la justesse esthétique et la justice sociale, peuvent trouver leur sens dans certains contextes sociaux. La trame esthétique privilégiée par la capoeira angola dans le Brésil des années 30, face à la conception concurrente de la capoeira traduit une revendication de justice sociale. De la même façon, aux Etats-Unis le free jazz – avec le saxophoniste John Coltrane – transmue esthétiquement le combat pour les droits civiques.)

Enfin, si je me demande ce qu’il en est de l’éthique dans ma vie, comme l’association Kolors nous a invités à le faire, il me faut mettre cette notion de fidélité en avant. Il en va un peu en la matière comme de la culture : c’est ce qui reste quand on a tout oublié. Fidélité à soi, coïncidence avec le monde, bonheur. ça peut vraiment être le travail de toute une vie. Fidélité qui suppose la fréquentation du lieu sacré, du lieu d’origine, du lieu fondateur. C’est une sécurité aussi dans les voyages que ce repère.
Sur ces bases on se posera la question de savoir non pas si la capoeira est éthique, mais comment elle l’est…

BIBLIO

http://www.meirieu.com/COURSPHILO/coursphilo2.pdf

Paul Ricoeur

Frantz Fanon 1952

Manifeste pour les « produits » de haute nécessité février 2009-04-07

http://www.chamadadeangola.fr/philosophie

Télérama collectif déc 2008

UNE PHILO DU CORPS C. Dumoulié

Eduardo Vega…

Pol Briand

… Revendiquer le juste et jouer juste Intervention de Juliana Botelho et Oumar Kane
: une éthique du fondement

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :