1-2 Nos Racines

MESTRE SOMBRA

Portrait mestre sombra

En 7 dates :

6 février 1942 :Naissance de Roberto Teles de Oliveira, alias Mestre Sombra, dans l’état de Sergipe, au Nord-Est du Brésil.

1962 : il s’installe à Santos, le grand port de l’Etat de São Paulo,

1963 : il intègre le groupe de capoeira Bahia do Berimbau du maître Olímpio Bispo

1972 : Mort du mestre bispo, mestre sombra est mandat pour continuer l’enseignement. Il donne le nom au groupe de Capoeira Zumbi.

1974 : l’association s’inscrivit à la Fédération Pauliste de Capoeira, et change de nom pour celui de Senzala

1975 : l’association senzala de Santos s’installe définitivement jusqu’à nos jours Rua Bras Cubas, n. 227 dans la ville de santos.

1993 : il prend sa retraite après 25 passés entant qu’arrimeur au service des Docks de Santos. Et se consacre

Portrait:

Roberto Teles de Oliveira, Mestre Sombra, est né le 6 février 1942 à Santa Rosa de Lima, dans l’état de Sergipe, au Nord-Est du Brésil, dans une famille de petits commerçants.

Il travailla d’abord dans le bâtiment à Aracaju, capitale du Sergipe. En 1962, il partit pour Santos, le grand port de l’Etat de São Paulo, à 1800 km de là. Il y exerça toute sorte de métiers, avant d’entrer comme arrimeur au service des Docks de Santos, en 1968, où il resta jusqu’à sa retraite obtenue en 1993.

En 1963, il était entré dans le groupe de capoeira Bahia do Berimbau du maître Olímpio Bispo dos Santos, ensacheur de café à la retraite, originaire de Bahia, âgé de 60 ans. Ce groupe se réunissait le dimanche à Itapema (aujourd’hui Vicente de Carvalho), sur l’autre rive de l’Estuaire de Santos. Roberto dit « Sombra » commença à enseigner. À la mort du maître en 1972, il assuma sa fonction dans le groupe, qui se transforma en association de capoeira Zumbi, du nom du légendaire chef de guerre du Quilombo de Palmares. La nouvelle association s’établit à Santos, dans le centre, à proximité du port, avec beaucoup de difficultés.

En 1974, l’association s’inscrivit à la Fédération Pauliste de Capoeira, changeant son nom pour celui de Senzala, nom des quartiers d’esclaves dans les plantations d’autrefois. En 1975, il réussit à louer le local que l’association conserve encore aujourd’hui, Rua Bras Cubas, n. 227. L’académie de capoeira Senzala de Santos a depuis formé plusieurs générations de capoeiristes, de professeurs et de maîtres, reconnus par la Fédération Pauliste et la Confédération Brésilienne de Capoeira. Ces élèves ayant à leur tour ouvert des académies, Mestre Sombra est devenu le président de la Ligue Santiste de Capoeira. L’oeuvre de Maître Sombra a atteint une grande notoriété à Santos et dans la région, tant par les innombrables évênements et présentations de capoeira auxquels elle a participé ou qu’elle a organisé, que grâce aux académies ouvertes dans tous les quartiers et villes par les élèves du maître. Maître Sombra a été par suite Coordinateur du Conseil de la Communauté Nègre de Santos.

À sa retraite des Docks de Santos, Maître Sombra a ouvert un petit commerce de mode et d’accessoires de capoeira dans le centre de Santos, le Bazar Senzala. Il est désormais souvent appelé à voyager au Brésil, en Europe et en Amérique, pour participer à des manifestations de capoeira et soutenir le travail de ses anciens élèves qui enseignent à présent.

Maître Sombra a participé aux enregistrements des deux disques de musique de capoeira enregistrés à Paris par son élève Beija-Flor pour Musiques du Monde et a enregistré à Santos un autre CD avec un autre de ses élèves, Mestre Bahia.

Source Auteur :Capoeira Palmares –Paris (Contra mestre Lucia & Professor Pol)

MESTRE BEIJA FLOR

Beija Flor, enseigne à Paris un art entre danse et sport de combat, pratique ancestrale des esclaves du brésil.

Capoeira des Villes

BEIJA FLOR en 7 dates

1959 : Naissance officielle à Ribeirao Preto dans l’Etat de Sao Paulo (Brésil).14 ans il découvre la capoeira avec maître Sombra.

1979 : Il reçoit sa –première ceinture de maître de capoeira.

1984 : Il fonde à Santos son académie de capoeira.

1989 : II s’installe à Paris et crée I’association Capoeira Paname

1994 : il enre­gistre un disque, « Capoeira Senzala», édité par Buda Musique, collection Disques du Monde

1997 : II enseigne et crée ses spectacles.

Il a toujours fait plus que son âge. Ses papiers lui donnent 38 ans alors qu’il en a 42. Comme beaucoup d’enfants brésiliens des campagnes, il n’a été enregistré que quatre ans après sa naissance.

Maître BeijaFlor, littéralement: qui pique la fleur, né à Ribeirao Preto dans l’Etat de Sao Paulo, est métis, initié par sa mère au candomblé, religion animiste africaine, sicilien et catholique par son père. Pur produit d’un mélange très brésilien. Des­cendant des esclaves aussi par sa grand-mère, une femme «colossale qui portait- 60 kg de farine sur la tête et autant dans les mains» ,et que son grand-père, moitié in­dien, moitié espagnol, rencontra alors qu’elle vivait seule en pleine cambrousse.

Il n’est pas étonnant que la Capoeira, sport; de combat et danse, se soit présentée à lui comme une arme, mais aussi comme une philosophie. Cet art de l’esquive autant que de l’attaque était pratiqué par les esclaves dès le XVIe siècle. Déguisée en dan­se avec petit orchestre — les esclaves n’avaient pas le droit de se battre — cette lutte, aujourd’hui sport national au Brésil, est intrinsèquement lié à la ruse. A 8ans, au milieu des poules de Ia ferme familiale , il entendait parler de son cousin, capoeiriste, chef de bande d’un quartier de Sao Paulo: «A l’époque, c’était encore la police montée il parvenait toujours à lui échapper, Il n’y avait pas d’argent, il trempait dans des magouilles et il était réputé par sa maîtrise de la capoeira, pour ses bagarres avec la police»

Ses parents divorcent, et a l’âge de lO ans ou de 14 ans, il se retrouve à Santos, à une heure de Sao Paulo. Dans une favela bien sûr. Sa mère doit nourrir ses cinq enfants. Elle travaille jour et nuit. Et il rejoint progressivement la rue, jusqu’à abandonner complètement l’école et adopter les comportements, les vêtements des gosses de la rue. «Il n’y avait alors pas de drogue, on ne touchait pas non plus à l’alcool. On faisait des bêtises, on volait des vélos pour les revendre, on volait à l’étalage. Je tournais mal. Ma famille s’en est inquiétée et mon grand frère, qui était pompiste, a trouvé une solution. Il y avait une académie de capoei­ra à côté du garage. il a remarqué des similitudes entre ma façon de me battre et la façon dont les capoeiristes s’entraînaient.» II refuse de s’y rendre et puis, un jour, en revenant de la plage, son QG, il avise le maître Sombra: «Mais qu’est-ce que c’est que cette montagne d’homme, il vaut mieux que je me barre!» Il revient rôder autour de l’académie, se demandant comment il pourrait payer les cours. Le maître lui fait croire que son frère a payé l’inscription alors qu’il lui en a fait cadeau. De la capoeira, il ne connaissait que les mouvements violents: il va découvrir un monde. A cet instant du récit, il s’interrompt: non loin, des policiers tentent de mettre fin à un entraînement de foot. II observe la scène. II assiste souvent à ce genre de scènes: la salle de capoeira qui jouxte le bowling de Tolbiac (Paris XIIIe) est voisine et il habite dans une tour à quelques pas de là. «La police a tendance à se comporter comme si l’on était dans un quartier très chaud de banlieue. Ce n’est pas le cas. Cela crée des malentendus.»

Il n’aime pas beaucoup s’étendre sur sa propre expérience de la rue , « de tous mes amis de l’époque, il ne reste personne. Ils sont tous morts, la plupart descendus par les escadrons de la mort».Il a en enseigné à pantin ou à Argenteuil: «Frapper, vaincre ils ne pensaient qu’à ça. Je les ai accrochés par les acrobaties. La capoeira, on s’en servait au Brésil comme arme de rue. On peut tuer. Mais le message que je fais passer est culturel, philosophique comment se comporter dans l’adversité, par exemple si on est viré d’un boulot.» – -A cette violence, qu’il rejette aujourd’hui, Beija Flor substitue la malice de la capoei­ra, l’arme du pauvre. Il passe des diplômes pour rattraper le temps perdu à l’école buissonnière, troque un parler correct contre l’argot, travaille dans un garage où il monte rapidement en grade, apporte de l’argent à la famille, obtient sa première ceinture de maître de capoeira en 1979, se marie à 17 ans ou 21 ans, et devient père de famille modèle(deux filles, un fils). Le couple éclate En 1987 il débarque en Europe , confiant son garage et son académie de capoeira à des proches. Deux ans plus tard, il se fixe à Paris .On le croit maître de capoeira. Il est autant cascadeur, musicien, danseur et intermittent du spectrale. Sous l’activisme, il cache une nostalgie toute brésilienne. Pour la combattre il a monté un spectacle avec un chorégraphe afro-brésilien, Armando Pekeno, des danseurs brésiliens et un conteur d’origine africaine. Noir et Blanc cheveux crépus réunis par un catogan, beaucoup plus rond et souple que Corto Maltese, héro d’hugo Pratt, lui aussi adepte de la capoeira, il parle avec un débit de sambiste.

Danseur ou lutteur, il s’interroge sur l’histoire de son pays, ou il veut retourner dès qu’il aura trouvé à qui confier son école. » J’ai appris que les Européens avaient une idée tout à fait erronée de l’histoire brésilienne. Nos propres manuels d’histoire mentent, tentent d’oublier la « tache noire » l’esclavage et le génocide de millions d’esclaves…sans parler des Indiens. » En activant la capoeira, Beija flor transmet une culture, celle qui s’est développée à partir de la lutte de ses ancêtres.

Dans la salle de Tolbiac, il prépare les élèves au baptême auquel assisterons les grands maîtres de capoeira, dont Sombra : « Vous allez jouer avec des capoeiristes qui sont plus fort que vous, ne dévoilez pas qui vous êtes, ne partez pas dans l’agression, si non ils ne vous rateront pas. Ca peut faire très mal. Je suis passé par là. Soyer à votre place. » C’est-à-dire bougez. « Un Capoeiriste qui ne bouge pas est un homme mort. »

Marie christine Vernay

Photo Isabelle Waternaux

Libération samedi 26 et dimanche 27 avril 1997

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